Pendant que Xavier Niel, patron fondateur de Free (groupe Iliad), était auditionné par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale (en tant que co-actionnaire et co-fondateur de la société de production Mediawan), UFC-Que Choisir épinglait son nouveau forfait « Free Max ».
« De l’illimité partout, tout le temps, et à un prix attractif. Avec son forfait Max, Free mobile s’adresse à ceux qui projettent de faire une consommation effrénée d’avion et de data, à rebours de l’intérêt général », a écrit le magazine de défense des consommateurs Que Choisir, publié par l’association Que Choisir Ensemble (ex-UFC-Que Choisir), le 2 avril 2026, sous le titre « Free Max : le forfait mobile de la démesure ». Selon l’association présidée par l’avocate Marie-Amandine Stévenin, « Free Max va pousser les utilisateurs à la consommation, à l’opposé des recommandations actuelles de sobriété en matière d’usage du numérique ».
« Zéro limite » versus « zéro CO2 »
Déjà échaudé par son audition par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale, en tant que co-actionnaire et co-fondateur de la société de production Mediawan (1), Xavier Niel (photo) n’a sans doute pas non plus apprécié la publication, le même jour, de cette critique de son nouveau forfait Free Max – présenté comme « encore une révolution chez » l’opérateur télécoms qu’il a fondé il a 27 ans. « “L’objectif de réduction des émissions de CO2 passera forcément par une plus grande sobriété”. Voilà, en substance, ce qu’assuraient en mars 2023 l’Arcep et l’Ademe, les structures publiques en charge respectivement du numérique et de la protection de l’environnement, dans leur rapport conjoint sur l’impact environnemental du numérique. Trois ans plus tard, Free fait tout l’inverse », pointe Que Choisir Ensemble dans son magazine. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et le régulateur des communications électroniques (Arcep) prônent en effet – depuis leur étude prospective 2030-2050 publiée il y a trois ans (2) – « la sobriété des forfaits téléphoniques ». Disponible depuis (suite) son annonce le 31 mars, le forfait Free Max (et son pendant professionnel Free Pro Max) est le résultat de l’« ambition simple » revendiquée par le quatrième opérateur mobile français : « zéro limite ».
Ce forfait énergivore permet aux utilisateurs en France de profiter d’Internet mobile sans retenue, dans de très nombreux pays, grâce à ce « 1er forfait mobile » incluant « Internet en illimité » en France et dans plus de 135 destinations à travers le monde, à 29,99 euros par mois seulement (19,99 euros pour les abonnés Freebox). « Free vient révolutionner le marché mobile avec une offre fidèle à son ADN : liberté, simplicité, générosité », se félicite la filiale télécoms du groupe Iliad. Et Xavier Niel de le justifier : « On me dit souvent “le 15 du mois, j’ai déjà plus de data”. On me dit aussi “tes 35 gigas à l’étranger, c’est bien, mais c’est pas assez, et il manque des pays”. Alors on a trouvé une solution radicale : data illimitée, presque partout. Oui, on sait, c’est fou. Aucun opérateur dans le monde ne propose ça… sauf Free 🙂 » [sic]. La réponse du groupe Iliad, dirigé par Thomas Reynaud, est le tout-illimité mobile : Internet illimité (4G/5G/5G+) et appels en illimité depuis la France vers les mobiles dans plus de 135 destinations à travers le monde (dont l’Europe), SMS/MMS illimités (en Europe principalement), et autres avantages (3). Seule la filiale low-cost d’Orange – Sosh – est en mesure de rivaliser, d’après BFM Tech le 3 avril (4), avec Free Max depuis qu’elle a lancé fin 2025 un forfait « voyage » avec 40 Go de données dans 135 pays, pour 15,99 euros par mois. Mais ce dernier n’est pas illimité (hors forfait au-delà). A rebours de la sobriété numérique, Free offre aussi le pouvoir de « voyager sans contraintes », en disposant d’« un maximum de data partout […] l’esprit tranquille ».
Selon le Baromètre du numérique 2026 du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), publiée en février 2026 (5), 91 % de la population dispose d’un smartphone et plus de huit internautes sur dix combinent une connexion fixe (à domicile) et une connexion mobile – via leur smartphone. « Ce modèle est désormais majoritaire au sein des classes moyennes et supérieures », relève l’étude, tandis que « la connexion mobile exclusive est adoptée par des publics jeunes (14 % des 18-24 ans, 11 % des 25-39 ans, 20 % des étudiants) mais aussi précaires » (6). Or, à l’ère des Wifi ultra-rapides, les coûteux forfaits mobiles à plusieurs Giga sont souvent inutiles – en plus d’être énergivores (7).
Vidéos, appels visio, IA génératives, …
« Certes, fait remarque Que-Choisir, la data en elle-même ne représente que 5 % des émissions carbone du numérique. Sauf que les titulaires d’un tel forfait auront forcément plus recours que les autres à la vidéo, aux appels en visio et à l’IA générative, des services qui contribuent fortement à l’essor des data centers, ces centres de données particulièrement gourmands en ressources par lesquels transitent tous les flux ». En 2023, l’Arcep a recommandé de réduire la qualité vidéo pour diminuer l’empreinte environnementale du numérique (8). @
Charles de Laubier