Hors du Japon, Rakuten délaisse le e-commerce pour se concentrer sur les contenus et la publicité

Alors que la fermeture de son site de vente en ligne chez Rakuten France (ex-PriceMinister) fait polémique, le conglomérat japonais du e-commerce, des télécoms et des services numériques et TV poursuit ses autres activités en France et en Europe – mais en misant plus sur les contenus et la publicité.

Ce n’est pas la filiale Rakuten France du conglomérat japonais qui va fermer d’ici fin 2026, mais seulement sa place de marché et de vente en ligne, qui s’appelait jusqu’en 2018 PriceMinister, du nom de la plateforme française de e-commerce créée en 2000 par Pierre KosciuskoMorizet et rachetée par Rakuten en 2010. La firme de Tokyo, fondée il y aura 30 ans le 7 février 2027 par Hiroshi Mikitani (photo) dont il est toujours le PDG à 61 ans, est loin de quitter la France et encore moins l’Europe.
Le groupe Rakuten, dont le nom signifie « optimisme » en japonais, réalise plus de 15 % de son chiffre d’affaires global à l’international : 389.149 millions de yens en 2025, soit l’équivalent de 2,1 milliards d’euros sur un total de 2.496,6 milliards de yens (13,4 milliards d’euros) réalisés l’an dernier. L’Europe, elle, pèse à peine 2,4 % du global (59.560 millions de yens en 2025, soit 323,6 millions d’euros). Les diverses activités du conglomérat de Hiroshi Mikitani ont généré près de la moitié (48,4 %) du total de ses revenus dans les services Internet, dont le e-commerce nippon avec Rakuten Ichiba et Rakuten Travel, ainsi que dans les activités internationales comme Rakuten Viber, Kobo et Rewards. Tandis que les services financiers (fintech), comprenant Rakuten Card, Rakuten Bank, Rakuten Securities, Rakuten Insurance et Rakuten Pay, ont contribué à hauteur de 34,5 % du total. Enfin, les télécoms avec Rakuten Mobile (dont Link), Rakuten Symphony et les services associés ont atteint 17,1 % du total.

2016, 2026 : deux restructurations en Europe
Le conglomérat japonais créé en 1997, avec sa division Rakuten International (1) créée en 2010 au sein de sa filiale américaine Rakuten USA Inc basée à San Mateo (Californie), compte dans une trentaine de pays 29.419 employés (au 31 décembre 2025), auxquels s’ajoute le personnel temporaire ou à temps partiel. Quant à la France, elle représente une part négligeable du géant nippon – qui serait bien inférieure à 1 % du chiffre d’affaires global. Et l’arrêt de la marketplace ex-PriceMinister en France, dont dépend aussi l’expansion en Espagne elle aussi concernée par cette fin d’activité de vente en ligne, n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan du conglomérat tokyoïte. Déjà, il y a dix ans presque jour pour jours (entre juin et fin août 2016), Rakuten avait Continuer la lecture

Les services de renseignement espionnent nos data

En fait. Au 24 juillet, il n’existe pas de projet de loi ou de résolution dédié à l’encadrement de l’AdInt (Advertising Intelligence), ni en France ni au niveau de la Commission européenne ou du Parlement européen. Cette fouille des data publicitaires par les services de renseignement des Etats inquiète.

En clair. « Malgré l’attention croissante des médias pour le renseignement basé sur la publicité (AdInt), les parlements européens commencent tout juste à se saisir des implications de ce mode de production du renseignement. Des questions cruciales se posent : les cadres juridiques nationaux encadrent-ils de manière adéquate l’acquisition et l’utilisation de données provenant de sources commerciales, et les organes de contrôle sont-ils suffisamment armés pour en garantir la responsabilité ? », alerte Interface (ex-SNV (1)), une organisation indépendante spécialisée dans les technologies de l’information et les politiques publiques, basée à Berlin (Allemagne).
Dans son étude publiée le 16 juin 2026 et intitulée « Données achetées, droits ignorés : l’utilisation par les services de renseignement européens de données d’origine commerciale », Interface démontre comment les services de renseignement de onze démocraties qu’elle a interrogés se servent des masses de données collectées par la publicité en ligne auprès des utilisateurs. Les « DGSE » (renseignement extérieur) ou les « DGSI » (renseignement intérieur) de ces pays-là peuvent (suite)

Protocole IPv6 : France en tête et prête pour la 6G

En fait. Le 16 juillet, l’Arcep a publié son 9e Baromètre annuel de la transition IPv6 en France. Ce protocole dispose d’une quasi-infinité d’adresses Internet par rapport à IPv4 saturé depuis 2019. La France est passée en tête des pays avec un taux d’abonnés IPv6 de 75,6 %, et elle est prête pour… la 6G.

En clair. Quel est le rapport entre l’IPv6 et la 6G ? Au-delà du chiffre « 6 » qu’ils ont en commun, le protocole Internet nouvelle génération et la sixième génération de mobile sont voués à un bel avenir ensemble. L’IPv6 est considéré comme un pilier essentiel pour le déploiement et le plein potentiel de la 6G, laquelle devrait être commercialisée avant la fin de cette décennie, d’après les travaux de l’organisme international de normalisation mobile 3GPP. L’approbation initiale de sa « release 21 » (1) – axée sur la 6G – doit intervenir mars 2027.
La sixième génération de mobile se positionne aussi comme la technologie sans fil à l’ère de l’IA. Fin juin 2026, le vice-président de Qualcomm, John Smee, a affirmé au Mobile World Congress de Shanghai que « la 6G fusionnera les mondes numérique et physique avec une IA contextuelle partout ». Le fabricant américain et numéro un mondial des puces pour smartphone haut de gamme table sur des puces 6G « en précommercialisation dès 2028, avec le (suite)

« Les Fourberies de Scapin » de Molière inspirent l’édition contre le piratage de livres : exit LeakID

Depuis le 1er juillet 2026, le Syndicat national de l’édition (SNE) « intensifie sa politique de lutte contre le piratage » en trois actes, comme dans la comédie de Molière « Les Fourberies de Scapin ». Et ce, avec son nouveau Service collectif anti-piratage numérique (Scapin) qui remplace LeakID.

Contrairement à la comédie de Molière « Les Fourberies de Scapin », les maisons d’édition membres du Syndicat national de l’édition (SNE) n’ont pas de quoi rire avec Scapin, la nouvelle solution de lutte contre le piratage de leurs livres. Annoncé par son président Vincent Montagne lors de l’assemblée générale qui s’est tenue le 25 juin 2026, ce « Service collectif anti-piratage numérique » a été présenté brièvement aux éditeurs lors d’un webinaire organisé le 17 juillet dernier et animé par Renaud Lefebvre (photo), directeur général du SNE.

La lutte anti-piratage en trois actes
Mais les membres du SNE devront attendre l’automne prochain pour se voir détailler cette nouvelle stratégie de « Scapin », à l’occasion d’un webinaire dédié. Pour l’heure, ils savent que cette nouvelle solution de lutte contre le piratage – déployée en partenariat avec la société française Noticio, spécialisée dans la suppression technique de contenus illicites en ligne – se décline en « trois phases » :
La surveillance de sites web pour détecter les sites pirates, autrement dit une « veille » d’Internet « couvrant la plupart des secteurs éditoriaux ». Via sa commission juridique présidée par (suite)

L’Irlande, hub numérique et fiscal pour les Gafam et de nombreuses Big Tech, préside pour six mois l’UE

Jusqu’au 31 décembre 2026, l’Irlande préside l’Union européenne. Surnommé l’île d’Emeraude, cet Etat membre de 70.273 km2 a sur son sol – surtout à Dublin – les sièges européens de plus d’une quinzaine de grandes entreprises technologiques et numériques mondiales, surtout américaines. Conflits d’intérêts.

« L’Irlande s’offre un mois de revenus supplémentaire [comprenez l’équivalent d’un treizième mois, ndlr] en siphonnant l’assiette fiscale des autres Etats ! », avait pointé le célèbre économiste français Thomas Piketty fin décembre 2023 sur son compte X (1), en commentant un graphique posté par un non moins renommé économiste, franco-américain celui-là, Gabriel Zucman, portant sur les revenus de l’impôt sur les sociétés de l’Irlande par habitant – illustration extraite du rapport « Global Tax Evasion » publié cette année-là par l’Observatoire européen de la fiscalité (EU Tax Observatory), dont ce dernier est le directeur. Et celui-ci ajoutait : « Ça vaut le coup de détourner les profits du monde entier ! » (2).
Thomas Piketty, lui, conclu : « C’est sans doute la preuve la plus flagrante que rien de sérieux n’a été fait pour lutter contre l’évasion fiscale au sein de l’UE depuis 2008 : la situation s’est même, au contraire, détériorée ». L’Irlande, qui a pris le 1er juillet 2026 et pour six mois la présidence tournante de l’Union européenne, y est largement considérée comme un « paradis fiscal », ou du moins un territoire fiscal très attractif au sein des Vingt-sept. Globalement, l’île d’Emeraude offre un taux d’imposition sur les sociétés de 12,5 %, parmi les plus bas de l’UE. Et encore le taux effectif peut être bien moindre pour les multinationales – Gafam et Big Tech en tête – grâce à des mécanismes d’optimisation fiscale comme le « Double Irish » (avec « Sandwich Hollandais » en option).

L’« Eire » profite à plein du profit shifting
L’Irlande capte ainsi une part disproportionnée des bénéfices européens via le profit shifting, comprenez : la délocalisation artificielle des bénéfices vers des pays où l’imposition est plus faible – au premier rangs desquels l’« Eire » (son nom gaélique), devant le Luxembourg et les Pays-Bas (sans parler de petits paradis fiscaux situés à côté de l’UE comme les îles Jersey, Guernesey et Man). Thomas Piketty, Gabriel Zucman et d’autres économistes relèvent qu’en Irlande les recettes d’impôts sur les sociétés sont très élevées par habitant : environ 4.500 euros par habitant, soit cinq fois plus environ qu’en France ou en Allemagne par exemple. Cette situation fiscale atypique de l’Irlande au sein de l’UE est (suite)